La mise en mots des aspirations de la personne accompagnée, l’expression de ses propres représentations vis-à-vis de la manière avec laquelle elle envisage la maîtrise des savoir-faire que lui exige sa future fonction est, sans aucun doute, ce qui permet à la personne concernée de s’approprier pleinement les composantes de son poste.  L’accès à une nouvelle fonction, à un nouvel environnement de travail nécessite également de faire le point sur les potentiels du prétendant au poste.  Au-delà du discours et de la parole exprimée, quant à la manière de s’engager professionnellement, la démarche bilan appelle parfois à une vérification de ce que l’expérience à pu apporter et consolider comme savoirs. Les différentes formes d’apprentissage, convoquées au fil du parcours professionnel, ont permis de développer de multiples connaissances, attitudes et mises en œuvre pratiques, conforment à la trilogie bien connues des savoirs, savoir-être et savoir-faire.

La compétence introduit la notion de désir et selon Charles Sanders Peirce, la question de se pencher sur ses valeurs est essentielle car dit-il « nos croyances guident nos désirs et façonnent nos actions… ».  Dans le cadre du bilan, il me semble opportun de prendre en considération la perception de la personne accompagnée.  On peut avoir accompli un itinéraire professionnel tout à fait correct, honorable, et vivre ce parcours comme un échec parce qu’il est en décalage avec les aspirations, les valeurs, les croyances et les mythes familiaux dont on est l’héritier. Chaque vie professionnelle et personnelle est une alchimie complexe et singulière qu’il faut identifier dans sa complexité et sa singularité. Faute de quoi on risque de passer à côté de l’essentiel de l’histoire vécue en risquant de lui attribuer des caractéristiques qui ne lui appartiennent pas.  Bien sûr, celui qui retrace son parcours de vie est convaincu que tout ce qu’il vient de relater est fondé. Il pense avoir suffisamment d’indices pour étayer sa conviction. J’émets l’hypothèse qu’en retour de l’exposé du récit du parcours professionnel, je peux avoir l’impression d’être troublé par le sentiment que le narrateur (la personne accompagnée) est en prise avec une certaine part de son imaginaire. L’un comme l’autre, pouvons cependant reconnaître qu’une tranche de vie personnelle peut être la proie d’une représentation romancée mais que l’individu en question a sans aucun doute toutes les raisons légitimes pour l’exposer ainsi. Il faut parvenir à reconnaître que c’est entre autres choses, cette représentation de l’individu bien que partiale qui l’a fait fonctionner et dysfonctionner au cours de son long parcours de vie professionnelle. C’est certainement aussi, en découvrant la part qui revient à ses désirs et à l’expression de son imaginaire dans la construction de son récit de vie que le narrateur peut devenir acteur de son propre parcours.  Je pars du principe qu’en augmentant sa lucidité sur ce qui, dans son propre parcours vient de lui, il puisse accroître son autonomie et son pouvoir sur le déroulement de sa vie. La prise en compte personnelle ou à l’aide d’un tiers, de cette part incontournable d’imaginaire dans tout récit d’une tranche de vie, peut tout à la fois permettre de mesurer le risque de contamination de la réalité imaginaire sur la réalité objective, et rendre capable celui qui l’a vécue, de contrôler et retenir l’influence de cet imaginaire. Il est donc opportun de souligner précisément la complexité des processus qui tissent la trame d’une histoire singulière jusqu’à déterminer les orientations, les obstacles et les inhibitions dont elle est faite. En lien avec les effets de certains déterminismes sociaux viennent s’ajouter des processus psychiques. Ces processus relèvent, pour une part, du rôle qu’ont tenu les parents dans le fonctionnement de la famille et, pour une autre part, des désirs et des imaginaires que cette organisation familiale a suscités chez les enfants que nous étions.  Ce qui mérite d’être souligné, c’est que ces processus psychiques viennent renforcer ou relayer les facteurs sociaux générateurs d’inhibition.  C’est, d’un point de vue à la fois psychologique, sociologique, philosophique, toute la question de la mémoire qui se trouve ici posée. (Cf. P. RICOEUR). La mémoire se structure selon l’historicité du témoin qui raconte. Le niveau d’authenticité du récit réside dans le subtile mélange de sincérité et de spontanéité que l’auteur s’autorise à lui-même et surtout, de la liberté d’expression que lui permet l’entretien narratif. La véracité des propos pour décrire l’histoire des événements vécus tient au seul critère que le narrateur est convaincu de dire la vérité ou croit l’exprimer. Les preuves d’historicité des récits émanent donc de la sincérité de l’expression, sans réserve de ses narrateurs, de ce qu’ils ont été témoins.  Le fait d’être amené à mettre en récit ses itinéraires professionnels ou un fragment de sa vie, à un interlocuteur (que nous sommes professionnellement), permet au narrateur de dégager différentes perceptions de son vécu selon la construction temporelle qu’opère le récit.  L’attention se porte tout particulièrement sur la capacité pour le narrateur d’advenir. Selon Vincent de GAULEJAC (De Gaulejac, V. (1996), Les sources de la HONTE, Paris, Ed. Desclée de Brouwne), le récit de vie permet plus précisément au sujet d’être capable d’une certaine prise sur la temporalité en articulant passé, présent, futur.  C’est ainsi que le sujet est en capacité, au cours du récit, de passer du statut d’objet déterminé par « l’histoire » à celui de sujet produisant la sienne.

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